Adrienne Deveau

Adrienne Deveau

Gardienne du français au Nouveau-Brunswick

Nous nous rencontrons à Bathurst sur la petite place du havre dite promenade Waterfront. C’est là que je photographie la sémillante et fière gardienne du français, Adrienne Deveau, à quelques pas d’un phare peint aux couleurs de l’Acadie. Toute sa vie durant, la traductrice et enseignante s’est souciée de l’usage du français et de sa promotion. « La langue française définit le peuple acadien, et elle est garante de sa survie », dit-elle. Née en décembre 1948 à Acadieville, Adrienne a adoré ses années à l’école du village ! Après une formation en pédagogie à l’École normale de Fredericton de 1966 à 1968, elle enseignera deux années dans les écoles de sa région. L’année suivante, à l’Université de Moncton, elle se verra décerner le baccalauréat en enseignement. De 1971 à 1974, elle enseigne le français dans une école publique de la ville portuaire de Saint-Jean.

À son arrivée à Fredericton en 1974, elle devient militante au sein de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, dans le but avoué de soutenir la défense du français et des droits des Acadiens. D’ailleurs, cette fierté d’être francophone dans un univers anglophone n’est pas étrangère à l’influence des religieuses enseignantes et de sa mère, ces femmes fortes et combatives.

Par bonheur, les réformes sociales de l’époque de Louis Robichaud (1960-1970) ont quelque peu libéré le peuple acadien de son faible niveau de scolarisation, des petits boulots et de la domination des groupes anglophones. Malheureusement, l’exode de nombreux Acadiens vers les États-Unis ou ailleurs faisait son œuvre depuis déjà des décennies. Vers le début des années soixante-dix la plupart des livres d’école étaient en français, et les francophones administraient leurs propres établissements d’enseignement. Son expérience de l’enseignement à Bathurst et ailleurs au Nouveau-Brunswick, auprès des jeunes et des adultes, confirme son observation que les francophones s’anglicisent de plus en plus dans le vocabulaire et les expressions de la vie quotidienne : « La perte de la langue française écrite et parlée est bien réelle; elle menace l’identité propre de nos communautés acadiennes. »

Femme passionnée de musique, elle organise les activités du chapitre local des Jeunesses musicales du Canada depuis près de 20 ans. Fidèle observatrice de la vie publique et de la culture, elle souligne le manque de détermination et de courage des gouvernements et institutions à promouvoir l’épanouissement du français et les services publics en langue française. Sa réflexion sur notre pays s’inspire de Gilles Vigneault : « Nous, les francophones d’un pays aussi difficile que l’hiver, sommes des résistants… Avec tous les humains de l’horizon, continuons à partager nos vastes espaces canadiens, riches et accueillants ! »

Enfin, elle nous offre ses enseignements de vie : « Maîtrisons notre langue française à la maison, à l’école et au travail. Apprenons également l’anglais, afin de pouvoir mieux saisir le vaste monde. Enfin, donnons-nous la discipline et le plaisir de lire, et offrons aux locuteurs d’autres langues de leur faire découvrir et aimer le français! »

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