Huberte Gautreau
Infirmière, coopérante internationale, leader de la lutte contre la pauvreté et pour l’avancement des droits des femmes (1934 - 2025)
Le 19 août 2022, la grande dame de la coopération internationale et de la lutte pour les droits des femmes recevait le prix A.-M.-Sormany pour l’ensemble de ses contributions au développement de l’Acadie. Chef de projet, militante, dirigeante d’organismes sociaux, son parcours au Canada, aux États-Unis, dans plusieurs pays africains et en Amérique du Sud est inappréciable. Trois mots ont guidé sa vie : la détermination, le dévouement, les valeurs humanistes. Née en avril 1934, elle a passé son enfance dans le « Pré-d’en-Haut » de Memramcook, un milieu de vie aimant et francophone. Alors que sa mère s’occupait des huit enfants, son père était mécanicien à l’entreprise ferroviaire du Canadien National. À la fin du cycle secondaire en 1951, elle prit la décision de se joindre à la congrégation de religieuses. Sa vie au sein de l’ordre religieux s’est étalée sur 17 ans. Elle recevait une première formation d’infirmière à l’Hôtel-Dieu de Moncton (aujourd’hui le Centre hospitalier universitaire Georges-L.-Dumont), puis obtenait le baccalauréat en sciences infirmières de l’Université de Montréal.
Son parcours international de coopérante dénote une capacité d’adaptation peu commune. Le premier défi était de pratiquer son métier dans le secteur de Harlem de New York, ce qu’elle fit pendant deux ans. Après cela, elle a exercé sa profession au Vietnam. Elle poursuivit des études supérieures pendant deux ans à l’Université de North Carolina à Chapel Hill. Cette formation a été suivie par un mandat au Zaïre de 1974 à 1978. De retour au Nouveau-Brunswick, elle se voit attribuer par l’Université de Moncton la responsabilité d’instaurer le programme de premier cycle de santé communautaire, ce qu’elle réalise.
Jusqu’en 1996, elle s’engage à nouveau dans la lutte contre la pauvreté par des missions de coopération au Togo, en République démocratique du Congo, au Cameroun et au Pérou. Toutes ces années ont été consacrées à réaliser des projets locaux sur le terrain. Il s’agissait d’obtenir les ressources nécessaires, d’organiser et de répartir les tâches, de négocier avec les autorités, et surtout, de protéger les plus vulnérables, dont les groupes de femmes et d’enfants.
Madame Gautreau est récipiendaire du prix des Droits de la personne du Nouveau-Brunswick et de nombreuses autres distinctions. On lui connaît aussi plusieurs grandes réussites au Nouveau-Brunswick et ailleurs. Mentionnons la cofondation du Carrefour des femmes, l’organisation de la Marche mondiale des femmes, à New York, en 2000, ainsi que la création de la Fondation Marichette en soutien aux femmes francophones qui souhaitent faire des études. Elle est à l’origine de l’adoption la Loi sur l’équité salariale au sein de la fonction publique. Son combat pour la sauvegarde du français demeure… Madame Gautreau incarne le don de soi. Elle est une source d’inspiration. Enfin, c’est avec regret que nous apprenions le décès de cette grande dame survenu le 27 mars 2025 à l’âge de 90 ans.