Annette Boudreau

Annette Boudreau

Professeure émérite au Département des études françaises de l’Université de Moncton — une sociolinguiste à la défense des Acadiens

Grande spécialiste des questions linguistiques relatives au territoire acadien, la professeure émérite du département d’études françaises de l’Université de Moncton nous permet d’entrer dans son univers de recherche. « Mon père était fonctionnaire au gouvernement du Nouveau-Brunswick. Il a grandi dans une famille modeste et a vécu des injustices dans son milieu de travail. Il se sentait opprimé par les patrons qui ne parlaient pas sa langue », relate la professeure émérite. Ce sentiment d’oppression sociale et politique a été souvent doublé d’une forme d’insécurité ressentie à l’égard de la langue parlée. Cette impression de « mal parler » est partagée par plusieurs, et elle demeure un obstacle à la scolarisation, aux échanges sociaux et à l’affirmation de soi. Pour la chercheuse qui a consulté les archives historiques, oui, l’insécurité linguistique était manifeste. Fréquemment, cela forçait les locuteurs au silence. Elle relate d’ailleurs le cas de l’ancienne ministre fédérale Claudette Bradshaw (1949-2022) qui a grandi dans un quartier ouvrier de Moncton. Cette dernière disait avoir peur de faire honte au peuple acadien, en raison de sa langue.

Diplômée de l’Université de Moncton, la jeune femme obtint une maîtrise de l’Université d’Aix-Marseille (France) en 1973. Sa thèse de doctorat portait sur les représentations linguistiques entretenues par des adolescentes et adolescents acadiens au Nouveau-Brunswick. Elle a été soutenue en 1998 à l’Université de Paris Nanterre. La chercheuse a écrit huit livres en collaboration, publié une centaine d’articles avec comité de lecture, de même que quatre essais. Auparavant, elle avait connu les années de rébellion à l’Université de Moncton à la fin des années 1960. « On contestait l’élite anglophone, les responsables en place et même l’autorité acadienne… Comme on l’expose dans le film de Martin Brault et Pierre Perreault, L’Acadie, l’Acadie ?!? (Office national du film, 1971), les étudiants remettaient toute la société en question. Cela a transformé ma façon de voir le monde… »

Les travaux de la professeure Boudreau visent à faire reconnaître la spécificité du français parlé en Acadie et à montrer les différentes manières de le parler selon les situations de communication. Elle rejoint les propos de Gabriel Robichaud, qui, dans une entrevue réalisée en août 2017, résumait sa pensée sur l’usage de la langue populaire : « Le chiac est acadien, mais l’Acadie n’est pas chiac. L’accent acadien est multiple… Globalement, depuis les années 1970, le fait de marginaliser les gens en raison de leurs pratiques langagières est devenu inacceptable. »

Intervenant fréquemment dans l’espace public, elle y va de ses recommandations adressées aux élus. « Il est temps de mettre en application les lois sur les langues officielles, amendées et modernisées, celles de la province et de l’État fédéral. La protection et le maintien du français doivent être soutenus à tout prix. Également, l’affichage dans les deux langues n’est pas à négliger; il est important pour une collectivité de se voir dans l’espace public. »

« La richesse du savoir et la quête de nouvelles connaissances peuvent être source de bonheur. Il y a lieu de se nourrir de la beauté de la diversité culturelle. Apprenons plusieurs langues et appuyons les productions artistiques du milieu, avec l’esprit critique nécessaire pour faire avancer les choses. »

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