Carmen Gibbs
Meneuse des causes sociales et féministes, engagée à défendre la culture acadienne
Quoiqu’elle ait quitté le village côtier de Baie-Sainte-Anne en 1972 pour les études à l’Université de Moncton, elle y revient souvent pour revoir les membres de sa famille et les gens de la communauté de pêcheurs. Encore aujourd’hui, ses plaisirs coupables sont de jigger (pêcher à l’appât) le maquereau et de pêcher coques, moules et palourdes.
Alors inscrite aux études en travail social, mais surtout engagée dans les fréquentes manifestations étudiantes en soutien aux causes des jeunes, des femmes et de l’affirmation de l’identité acadienne, elle s’inscrit au programme Jeunesse Canada Monde. « Cela a changé le cours de ma vie. L’expérience immersive d’entraide au Costa Rica pendant dix mois m’a permis de déterminer que je voulais consacrer ma vie à des causes signifiantes… ». Avec trois autres femmes, elle fondait en 1975 la première garderie de la communauté de Baie-Sainte-Marie.
À Montréal, pendant 18 ans, la jeune femme a aidé à créer et soutenir des organismes sans but lucratif et des coopératives d’habitation pour soutenir les gens pauvres à accéder à des logements décents. À titre de gestionnaire, elle a eu la responsabilité de convaincre les administrateurs du gouvernement et les élus de remettre sur pied des programmes de logements sociaux. En 2001, elle a relevé le défi de redresser la gouvernance de l’Association acadienne des artistes professionnel-le-s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB). Douée d’une parole facile, convaincante et habile vendeuse, elle devait apposer son influence à l’écosystème culturel de la province, et ainsi provoquer des changements. À maintes reprises, elle a eu à répéter que les industries culturelles de la province représentent une contribution au produit intérieur brut (PIB) largement supérieure aux secteurs des pêches, de l’industrie forestière, des mines et des communications pris individuellement. Ses contributions aux milieux des arts sont d’envergure et connues de tous les acteurs de la gouvernance de l’État. Elle produit depuis 2001 la Soirée des Éloizes pour les artistes de la Grande Acadie. Les Éloizes sont une célébration de l’excellence artistique en danse, en théâtre, en musique, dans les arts multimédias, en littérature et dans les arts visuels.
Sous sa direction, l’AAAPNB a reçu le mandat de porter les États généraux des arts et de la culture, et de coordonner la mise en œuvre de la Stratégie globale pour l’intégration des arts et de la culture dans la société acadienne du Nouveau-Brunswick, un des plus grands projets de société de l’Acadie.
Le goût de faire de la politique sociale et citoyenne, axée sur des valeurs progressives, est toujours au centre des motivations de la leader. Toutefois, cette dernière ne cache pas sa crainte de la montée du populisme et des groupes politiques de droite qui pourront éluder les gains des décennies précédentes en matière de social-démocratie, de droit des femmes et de lutte contre les injustices. « Plusieurs me disent que je suis idéaliste. Je suis avant tout optimiste dans l’âme. »